Jeudi 18 décembre 2008
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la présidence française de l'Union Européenne n'a pas été un long fleuve tranquille.

Cette présidence a dû affronter 3 crises majeures. Elle a permis de faire progresser l'Europe sur plusieurs sujets, mais surtout elle a été l'occasion pour la France d'effectuer son grand retour en Europe.
Sur six mois de présidence française, l'Europe a dû affronter trois crises majeures, et bien sûr imprévues :
  • Le non irlandais à l'Europe : Quelques jours avant le début de la présidence française, le rejet irlandais du traité de Lisbonne retardait la réforme institutionnelle après laquelle l'Union court depuis près de 10 ans. La France, qui avit elle-même rejeté le traité constitutionnel, a dû trouver un compromis acceptable pour les Irlandais qui leur permette de revoter, sur un traité qui leur apporte quelques concessions.
  • La crise géorgienne : La présidence française a réussi à faire cesser les combats et à s'imposer comme le partenaire indispensable de discussions entre Russie et Géorgie.  On peut regretter que les termes de l'accord, mais il faut bien se souvenir que la Russie négociait en position de force à cause de sa supériorité militaire, mais surtout parce qu'elle a été agressée par la Géorgie, même si sa réponse a été disproportionnée. Les accords de partenariat entre Europe et Russie ont été un temps interrompus, mais ils ont repris.
  • La crise financière : Face à cette crise sans précédent, le volontarisme sarkozyen a fait ses preuves. Alors que les Etats-Unis, empêtrés par leur transition présidentielle et l'incapacité des Républicains à réformer le système ultralibéral qu'ils avaient mis en place, peinaient à trouver des solutions (souvenez-vous des difficultés de Paulson à faire adopter son plan, puis de ses multiples revirements), l'Europe a réagi très vite. Gordon Brown, qui faisait pourtant figure d'eurosceptique, a concocté un plan que Sarkozy a très vite étendu à l'Europe : Garantie des dépôts de particuliers, et relance de la machine financière par une garantie étatique des prêts interbancaires. Au plan international, l'Europe a été l'initiatrice d'un sommet qui pour la première fois réunissait les pays les plus riches avec des pays du Sud pour refonder le système économico-financier mondial. Le contenu des décisions arrêtées témoigne d'un poids réel des thèses européennes proposées par la présidence française en matière de transparence des marchés financiers, en ce qui concerne le rôle du Fonds monétaire international et pour les normes comptables. A l'heure de la relance économique, l'Europe a mis entre parenthèses les critères communs du pacte de stabilité, et elle appelle à soutenir la consommation et à venir en aide aux plus défavorisés.
Ce qui était prévu au menu de cette présidence française, c'était de faire progresser cinq grands dossiers : Le paquet énergie/climat, l'union euroméditerranéenne, l'immigration, la Défense et la PAC.
  • L'immigration était une priorité européenne parce que ce dossier ne peut pas être traité au niveau national. Les récentes régularisations massives en Espagne et en Italie et le centre de Sangatte n'en sont qu'un exemple. La France a fait adopter un plan en cinq points : organiser l'immigration légale et faciliter l'intégration, contrôler l'immigration illégale et organiser le retour au pays des immigrants illégaux, mieux contrôler les frontières, mettre en place une procédure unique d'asile avant 2012, conclure des accords de réadmission avec les pays d'origine des clandestins.
  •  L'union euroméditerranéenne : Le processus de Barcelone avait échoué à organiser des relations étroites entre l'Europe et les pays du Sud de la Méditerranée. Un consensus franco-allemand a été l'initiateur d'un processus qui a vu pour la première fois Israël et pays Arabes se réunir dans un projet commun. L'avenir de l'Europe n'étant plus à l'Est, il est maintenant au Sud.
  • L'agriculture. La France a imposé une approche technique qui a permis des améliorations ne remettant pas en cause les fondements de la PAC.
  • La Défense. La France avait annoncé son ambition de faire progresser l'Europe sur ce sujet. Les médias en ont très peu parlé, mais beaucoup d'initiatives ont vu le jour : La création de la première opération navale européenne, destinée à lutter contre la piraterie, la mise en place d'une flotte européenne de transport aérien, la création d'un groupe d'intervention navale et aérien et le renforcement du rôle de l'agence européenne de Défense. Un accord a été ratifié, prévoyant notamment que l'Union sera capable de déployer 60 000 hommes en 60 jours, de conduire simultanément deux opérations importantes de maintien de la paix, ou deux opérations de réaction rapide. La Défense européenne prend enfin corps.
  • Le changement climatique. Même si de nombreux compromis ont été concédés, le triple objectif de réduire de 20 % les émissions de CO2 et la consommation d'énergie, et d'atteindre 20 % d'énergie renouvelables dans la production d'énergie a été acté.
Sur le plan  du style, la présidence française a radicalement tranché avec les habitudes molles de l'Union. L'Europe semble éloignée des citoyens parce qu'on ne voit pas ce qu'elle fait pour eux. Elle avait besoin d'un leadership fort, qui contraste avec l'omnipotence de la très technocratique commission européenne. L'Europe, ce n'est plus de la diplomatie. C'est de la politique. On ne peut plus fonctionner à 27 comme on fonctionnait à 6. Les compromis diplomatiques élaborés dans des salons dorés, ça ne peut plus faire avancer.

Sur le plan international. A part avec la Chine, l'Europe s'est imposée unie comme un partenaire incontournable de la scène diplomatique. Elle a offert à l'Ukraine un partenariat stratégique. Elle a imposé une vision raisonnable des relations avec la Russie, sans cautionner le régime russe. Avec ses grands partenaires, les USA, le Canada, l'Inde et le Brésil, l'Europe est apparue unie et plus active. La vision française a incontestablement fait progresser l'identité européenne sur la scène internationale en lui faisant davantage prendre conscience de sa force et de ses atouts. L'Union, qui a consacré toute son énergie des 50 dernières années à abolir les barrières entre ses Etats membres, doit désormais relever le défi extérieur et se penser face au monde.
Par Patrick.Joly - Publié dans : Europe - Communauté : Sciences Politiques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Présentation

  • : Le blog politique de Patrick Joly
  • politique-blog

Texte Libre

Voter !

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus