Mercredi 9 juillet 2008








Le rejet du traité de Lisbonne par les Irlandais me consterne. Pas seulement parce que j'étais pour ce traité, mais surtout parce que je suis scandalisé de constater pourquoi il a été rejeté :
Les Irlandais sont un peuple très favorable à la construction européenne. Même certains Irlandais parmi les plus favorables à l'Europe ont voté non, parce qu'ils ne savaient pas précisément quel est le contenu de ce traité. Pire, quand on cherche ce qui a motivé les votes « non », on trouve 3 raisons principales :
  • Les Irlandais avaient peur que leur neutralité,
  • ils redoutaient aussi que leur politique de taxation très faible soit remise en cause, et
  • ils veulent conserver la politique agricole commune telle quelle.
Inutile de préciser que ces 3 raisons correspondent à des frayeurs agitées par les eurosceptiques irlandais, alors qu'elles n'ont aucun rapport avec le traité. De même que la constitution européenne avait été rejetée par les Français parce qu'ils avaient peur de l'invasion du plombier polonais (directive Bolkestein, retoquée depuis, sans rapport avec le traité), et parce qu'ils sont contre l'adhésion de la Turquie, ce qui n'a aucun rapport non plus avec le traité.

On se plaint que l'Europe se fait sans les citoyens, qu'ils sont écartés des vrais enjeux. Mais si tout ce que nos hommes politiques trouvent à dire sur l'Union Européenne ce sont ses travers bureaucratiques ou libéraux, il ne faut pas s'étonner que l'Europe suscite plus de peurs que d'espoirs ! Pourtant, quel beau projet que l'union européenne ! Ce n'est pas qu'une alliance qui permet d'éviter les guerres, c'est un environnement économique qui permet de se développer nos régions les plus pauvres, qui nous ouvre des marchés et qui nous protège de la mondialisation galopante. Sur les plans militaire et diplomatique, l'Europe est l'échelle à laquelle nous pouvons peser : Nous n'avons pas les moyens de nous payer une défense sans nous appuyer sur nos voisins, et sur le plan diplomatique notre seule solution pour redevenir une grande puissance est de peser avec le poids de toute l'Europe.

Dans l'avenir, la réforme des institutions européennes est une nécessité absolue. L'UE ne peut pas fonctionner à 27 avec le traité de Nice. Quand on voit qu'aujourd'hui il nous faut encore l'unanimité des 27 pour octroyer le taux réduit de TVA à la restauration ! Une fois que les 27 pays se seront prononcés sur la ratification, le plus simple sera peut-être de faire revoter les Irlandais sur un traité amendé, mais ce que je préfèrerais c'est qu'on sépare enfin les questions institutionnelles des questions économiques et politiques.

Par Patrick.Joly - Publié dans : Europe - Communauté : Sciences Politiques
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